Les sites archéologiques romains de la ville de Strasbourg

La ville de Strasbourg est un site historique marquant le passage des Romains vers l'an 58 av. J.-C. jusqu’à la fin de l’empire. Plusieurs sites archéologiques ont été découverts depuis 1990, mais ceux qui ont véritablement mis en valeur l’histoire romaine à Argentoratum furent les fouilles archéologiques menées depuis 2008.

Ville d’une grande richesse archéologique romaine

La ville de Strasbourg repose sur le camp d'Argentorate qui a été établi par les Romains au bord du Rhin vers l'an 12 av. J.-C. Autour du camp s’est développée une agglomération civile comme un faubourg extra-muros. L’agglomération est composée d'habitations légères en bois et torchis (Canabae Legionensis) qui s'étendaient vers l'ouest. Ce site se trouve à l'emplacement de l'actuel faubourg Koenigshoffen. Les récentes découvertes archéologiques ont permis d’avoir une idée assez vague de la topographie du site. De nombreux indices ont d’ailleurs laissé supposer l’existence d'une organisation spatiale bien élaborée à l'intérieur du camp et aussi dans les canabae.

Ce camp d'Argentorate a servi aux Romains pour défendre le limes germanique pendant plus de 400 ans. La cité marque la frontière de l'Empire romain sur le Rhin et recevait pour l’occasion d'un camp de 6 ha édifié par la légion II Augusta vers 15 apr. J.-C.. Vers 90 apr. J.-C., la légion VIII Augusta s'installe à Argentorate et édifia un camp en dur avec des remparts de pierre sur une vingtaine d'hectares. L’implantation de la légion VIII Augusta à Argentorate contribua à façonner l’actuelle ville de Strasbourg et toute la région. Plusieurs sites archéologiques ont fait l’objet de fouilles depuis les années 2008 jusqu’en 2016, d’autres sites restent à découvrir !

Le site archéologique 4 rue Brûlée

En septembre 2008, une fouille dans la cour de l'ancienne annexe du Conservatoire de musique a permis de découvrir des détails sur une infrastructure d'un camp légionnaire romain d’antan.

Ce site archéologique situé 4 rue Brûlée s’étend sur 400 m2. Les archéologues ont fait la découverte d’une rue antique large de 4 m en parallèle à la via sagularis, une voie qui fait le tour du camp. Un bâtiment d'une surface de plus de 220 m2 et muni d'un portique ainsi d’une quinzaine de pièces a été également découvert. Ce bâtiment construit à la fin du Ier siècle servait à l’époque de logement de la cavalerie de la légion à en croire les pièces métalliques et équipements du cavalier trouvés sur le site.

Site archéologique 4 rue brûlée

Site archéologique 4 rue brûlée

Découverte d’un autre site archéologique en septembre 2012

En 2012, une fouille menée par l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) avait démontré la présence de nombreux vestiges sur un site archéologique au cœur de la ville de Strasbourg. Les archéologues ont trouvé une stèle haute de deux mètres et des fresques de logements d'officiers. Ces fresques datent du IIe siècle de notre ère et ont été réalisées par les peintres professionnels. Les archéologues ont aussi réussi à dégager deux pièces et un portique qui donnent sur un espace ouvert et correspondent à une partie du logement d'officier. Ces pièces font partie d'un bâtiment construit en terre et en bois.

Le site archéologique dans le quartier de Koenigshoffen

En 2014, un site archéologique de 7 500 m2 a été découvert par l’Inrap dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg. Le site est situé sur la route des Romains et renferme des restes d’édicules funéraires romains. Les fouilles ont commencé en septembre 2014. La première campagne de fouille de ce site entre 8 et 20 route des Romains s'est achevée en novembre 2014. La fouille a permis de déterminer le faubourg romain de Strasbourg à l’entrée de l’actuelle route des Romains, l’artère principale de Koenigshoffen. Un îlot d’habitations occupait cet emplacement auxquels regroupaient des ateliers de productions de céramiques et des habitations. Une seconde fouille a été lancée en mars 2015 et s’est terminée en août 2016.

Fouilles archéologiques à Koenigshoffen

Fouilles archéologiques à Koenigshoffen

Le site se trouve plus précisément sur l’emplacement prescrit pour le projet de construction de logements et de commerces de l’Eurométropole de Strasbourg. Ce site a permis de connaitre davantage les principaux développements de l’agglomération de Strasbourg-Koenigshoffen au temps de l’occupation romaine.

Les découvertes archéologiques sur ce site et dans le voisinage laissent supposer un emplacement funéraire datant du 1er siècle apr. J.-C. En effet, ce site pourrait être une partie de la première nécropole de Strasbourg. Les archéologues ont pu observer 15 emplacements de monuments funéraires romains placés l’un à côté de l’autre sur 75 m en bordure de la voie localisée sous l’actuelle route des Romains. L’architecture a pu être restituée grâce à la mise au jour des éléments lapidaires. Le site accueillait des édicules maçonnés de plan carré ou rectangulaire avec quatre assises d’élévation. La sépulture à crémation est placée au centre. D’autres tombeaux avec des monuments sur plusieurs mètres de hauteur, dont la sépulture était placée en dessous, ainsi que d’autres monuments avec une stèle encastrée dans un socle étaient aussi découverts. C’est le cas des statuts de deux lions et de deux sphinges, des caractéristiques funéraires, qui indiquent l’existence d’un mausolée.

D’autres sites au cœur de Strasbourg

De nombreuses autres fouilles ont été également menées sur l’ancien site où s’est implanté le camp légionnaire de Strasbourg. C’est le cas pour les sites archéologiques des deux rue des Comtes, de la rue des Capucins et de la rue Hannong.

Les fouilles en dessous des rues des Comtes et des Capucins ont mis à jour les nécropoles situées à l'arrière de l'habitat. Des tombes isolées et groupées démontrent la variété des rites funéraires à l’époque malgré une culture orientée sur les légionnaires romains. La différence se trouve dans les incinérations et dans les inhumations : enfouissement d'urnes en pleine terre, usage de cistes en pierre, orientation irrégulière, etc. La rue des Capucins abritait la fosse d'une tombe à incinération du 1er siècle recouvert d’un monument funéraire. Les fouilles ont aussi révélé l’existence de nombreuses tuiles estampillées, au temps de la VIIIème Légion. Cet emplacement suggérait sa maîtrise de la maçonnerie et aussi la proximité de la tuilerie.

Une fouille de sauvetage de la rue Hannong, en vue de la construction d'une cité universitaire, a mis en évidence les étapes de l'occupation romaine sur ce site. La fouille a révélé une occupation en deux temps depuis le nord vers le sud de Strasbourg. La partie nord du site a été occupée dès les débuts de l’implantation la légion romaine à Argentorate tandis que la partie sud marque l’extension de son occupation après le milieu du IIème siècle.

Le camp légionnaire d’Argentorate

Les fouilles menées par les archéologues ont permis de consolider les connaissances sur ce camp légionnaire implanté au cœur de Strasbourg lors de l’occupation romaine. La légion VIII Augusta était constituée de près de 6000 légionnaires qui avaient aménagé la cité en fonction de leur besoin. A l’extérieur du camp, les vestiges ont confirmé le développement de village de civils le long de la voie principale. Cette partie de la cité était occupée par les commerçants, les compagnes des légionnaires, les aubergistes et les prostituées. La vie économique de la cité était axée sur le pouvoir d'achat des légionnaires.

Argentoratum vue aérienne

Argentoratum vue aérienne

Un camp d’une superficie de 19 hectares

Le camp légionnaire à Argentoratum s’étend sur une superficie de 19 hectares sous forme de rectangle de 530 m de longueur sur 275 m de largeur. Le camp a été implanté sur une terrasse non inondable au nord-est des deux affluents du Rhin, soit à l’emplacement du centre médiéval de la ville de Strasbourg. Il est entouré d’un mur de 1 810 m de long avec 4 imposantes tours de garde semi-circulaires de 20m de diamètre sur chaque angle du mur. Les fouilles ont permis de connaitre l’existence de 46 tourelles de guet de 7 m de diamètre entre ces tours et les quatre portes monumentales.

Pour accéder au camp, il fallait passer par la porte prétorienne (porta praetoria) qui se trouvait au niveau de la rue Mercière. Après la porte se trouve à gauche le « tertre des sanctuaires », à l’actuel emplacement de la cathédrale Notre Dame). Cet emplacement comportait le temple romain et les lieux saints celtiques. A l'est, c’est-à-dire au débouché de la rue du Dôme sur la place de la Cathédrale, se trouve le prétoire. Les annexes de cet hôtel de commandement militaire se prolongent jusqu'au croisement de la « via principalis » (rue du Dôme, rue du Bain-aux-Roses) avec la « via praetoria » (le croisement de la rue du Dôme, rue des Hallebardes et rue des Juifs). Un peu plus loin se trouvent la chancellerie et le « librarium » qui regroupent les archives. A l’emplacement de la place du Marché Gayot était construit l’hôpital militaire, le « valetudinarium ». La partie nord-est du camp (collège Saint Etienne) est constituée de thermes réservés à l'armée, l'arsenal et l’intendance.