Du camp romain à l'eurométropole Strasbourg

Le camp d'Argentorate était le nom de la ville de Strasbourg, capitale européenne de l’Est de la France dans la gaule romaine, véritable vestige de la romanisation de l'Alsace, plus précisemment du Bas-Rhin, là où se trouve le marché de Noël de Strasbourg. La fortification était à l’origine construite sur une île entre deux rivières de l'affluent du Helella. Au départ capitale de la tribu des allemands de la Triboci, elle a était surnommée Argentorate dans la Rome Antique. Le beau-fils d’Auguste Drusus senior (Nero Drusus, mort en 9 avant J.-C) y a établi une garnison d’auxiliaires Romains.

Strasbourg Petite France

Strasbourg Petite France

Peu après l’an 16 après J.-C et avant l’an 43 après J.-C il y avait une forteresse faisant partie du commandement militaire de Germanie Supérieure et du Saint Empire Romain Germanique. D’abord occupée par une légion romaine la forteresse a ensuite été habitée par des détachements de légionnaires qui ont construit le premier mur de basalte en supplément des fortins de terre. Suite à la destruction de la ville lors de la rébellion Gallo-Allemande de 69-70 après J.-C, Argentorate a repris son rôle de quartier général de la légion, juste avant l’élévation au rang de province de la Germanie Supérieure.

Les plus graves dommages subis par le camp romain d'Argentorate ont eu lieu en 235 après J.-C, durant le 3ème et 4ème siècle où la cité fut fortement exposée aux invasions Allemandes qui ont poussés les habitants à abandonner les quartiers de la ville pour se réfugier dans la forteresse romaine d'Argentorate afin de se protéger.

Le camp romain d'Argentorate

Comme vous le savez, les origines de la métropole de Strasbourg proviennent de la présence de l'Empire Romain ayant installé un camp sur une petite île au milieu du passage du Rhin, là où se trouve l'actuelle Cathédrale notre Dame de Strasbourg (ou Cathédrale de Strasbourg). On peut d'ailleurs y retrouver la fameuse maison Kammerzell, un restaurant alsacien réputé pour sa choucroute, son munster et ses produits du terroir et qui est un véritable bijoux de la gastronomie en Alsace.

C'est grâce à l'archéologie ainsi qu'à plusieurs mentions du site romain dans des écrits anciens que l'on a pû connaître ces 1ers siècles d'Histoire. C'est dans un document unique au monde que la toute 1ère représentation de la cité apparaît. C'est dans une liste des offices publics romains dressée entre l'An 410 et l'An 425, la Notitia Dignitatum, qu'apparaît ce fameux schéma.

Argentoratum vue aérienne

Argentorate vue aérienne

Mais saviez-vous qu'après Argentorate, la commune de Strasbourg a été renommée Stradeburgum ? C'est Grégoire de Tours qui révèle l'ancien nom en l'An 590.​ C'est vers l'An 346 qu'a vécu le tout 1er évèque de Strasbourg : Amand. Ses descendants sont devenues les garant de la localité. Après la dissolution de l’empire carolingien, ce pouvoir s'agrandis et l’empereur Otton Ier accepte en l'An 982 le plein pouvoir sur la ville et sa banlieue à l’évêque qui est en plus en possession de l'atelier monétaire depuis l'An 873​.

C'est lors de fouilles archéologiques uniques qu'ont été retrouvés des objets datant de l'époque néolithique ainsi que de l'âge de bronze et de fer. Toutefois, l'installation pérenne des peuples celtes ne remonte qu'aux environs de l'an 1300 avant Jésus Christ. C'est aux environ de la fin du 3ème siècle avant Jésus Christ que le lieu devint une petite ville celtique nommée Argentorate dans laquelle se trouvait un marché ainsi qu'un sanctuaire. A la base, la bourgade était composée de maisons sur pilotis, avant de se transformer et de laisser place à de véritables maisons construites sur la terre ferme.

C'est aux environ de l'an 58 avant Jésus Christ que le site de l'actuelle ville de Strasbourg fut aménagé par les troupes romaines arrivées en Alsace. Désireux de réorganiser la défense militaire de l'Empire Romain, l'empereur romain Auguste revoit sa stratégie et fortifie la ville d'Argentorate en la transformant en camp romain entourés de palissades et de fortifications en 12 avant Jésus Christ, afin de renforcer également l'ensemble des forts de Drusus le long du Rhin. C'est au fil du temps que la cité fortifiée romaine s'agrandira et prendra de l'importance dans l'Empire Romain.

Le camp romain d'Argentoratum

Le camp romain d'Argentorate

C'est en l'an 12 avant Jésus Christ que le fameux général romain Drusus à pour mission de mettre en place un site fortifié celte nommé Argentorate. Ce site militaire, nommé alors Argentorate, s'agrandit au fur et à mesure sous les règnes des empereurs romains Tibère et Trajan. Alors que la bourgade romaine fortifiée d'Argentorate se trouve être un carrefour commercial d'une grande importance ainsi qu'un lieu d'habitation d'environ 10 000 habitants (dont les légionnaires romains), elle est modifiée pour devenir une colonie militaire de l'Empire Romain à part entière.

C'est dans les années 85 et 90 après Jésus Christ sous le règne de l'imperator Domitien qu'arriva la fameuse légion romaine "Legio VIII Augusta" dans la cité fortifiée d'Argentorate. La présence de ce bataillon romain en Bourgogne a été prouvée lors de fouilles archéologiques sur le site de Mirebellum dans la région de Dijon. Afin d'améliorer la surveillance militaire de la frontière germanique, les six mille légionnaires romains sont déplacés au camp d'Argentorate à la fin du premier centenaire de notre ère. Situé assez proche de la zone inondable du Rhin, aux abords de l'Îll, le camp est toutefois à l'écart de la majorité des crues annuelles.

Malgré l'importance du commerce, la ville a principalement un rôle militaire. C'est avec l'expansion de l'Empire Romain que l'agglomération fortifiée deviendra une principale base militaire de repli pour les troupes et légions installées en territoire germanique. Toutefois, c'est en l'an 260 après Jésus Christ que les troupes romaines quittent la région germanique, plaçant ainsi la ville d'Argentorate en simple ville frontière. Les frontières de l'Empire Romain atteignant le Neckar et le Danube, la cité se trouve à nouveau cantonnée au rôle de simple lieu de ravitaillement des troupes romaines.

Légion romaine

Légion romaine

Lors des invasions barbares, le camp retrouvera un rôle principalement militaire. D'ailleurs, les troupes romaines du général Julien écraseront avec force l'armée alamane de Chnodomar lors de la fameuse bataille d'Argentoratum en l'an 357.

C'est alors qu'assez rapidement de nombreux marchands et artisans au service des militaires romains arrivent en ville et posent leurs bagages autours des palissades du camp romain au sein d'un vicus et canabae le long de la fameuse route des Romains dans le quartier strasbourgeois de Koenigshoffen. La population estimée de la cité d'Argentorate atteindra les 30 000 habitants au 3ème siècle après Jésus Christ. Ce chiffre assez impressionnant déclinera très vite après le 4ème siècle de notre ère.

Saccagée par les armées des Alamans en l'an 355, la ville sera reconquise par Julien 2 ans après suite à une écrasante victoire sur les Alamans lors de la sanglante bataille de Strasbourg . C'est en 451 que la cité sera entièrement anéantie par Attila, juste après la conquête de la Gaule par les Germains en 406.

On suppose qu'une centaine d'habitants ont continué à vivre durant le Haut Moyen Âge à l'intérieur de la forteresse romaine complètement abandonnée par les militaires romains au 5ème siècle.

La fortification du camp romain des légionnaires

Le centre du camp romain d'Argentorate était situé sur la Grande Île, entre le Cardo, actuelle Rue du Dôme et le Decumanus, actuelle Rue des Hallebardes et étaitn entouré de palissades et de fortifications.

Découverte fondations romaines Strasbourg

Découverte fondations romaines Strasbourg

Les études archéologiques systématiques entre 1947 et 1953, dirigées par Jean-Jacques Hatt, archéologue historien et directeur du Musée archéologique de Strasbourg, ont montré que la fortification romaine des légionnaires d'Argentorate a été détruite par un incendie et reconstruite six fois entre le 1er et le 5ème siècle après Jésus Christ : en 70, 97, 235, 355 puis dans le dernier quart du IVe siècle et au début du Ve siècle juste avant la chute de l'Empire Romain. C’est sous Trajan pendant l'antiquité et après l’incendie de 97 que la ville d'Argentorate s’est étendue et a été fortifiée.

Plusieurs artéfacts de la civilisation romaine ont également été retrouvés le long de l’actuelle Route des Romains dans la banlieue de Kœnigshoffen. C’est là que se trouvaient les plus grandes sépultures (nécropole) ainsi que la plus grande concentration de lieux d’habitation civils (vicus) et de commerces à proximité du camp.

Parmi les plus remarquables découvertes dans Kœnigshoffen, les fragments d’un grand Mithraeum brisé par les premiers chrétiens au IVe siècle ont été retrouvés en 1911 – 1912 par Robert Forrer, prédécesseur de Hatt à la tête du Musée archéologique.

Camp Argentoratum gravure ancienne

Camp Argentorate gravure ancienne

C’est en 12 av. J.-C. durant la république romaine, qu'Auguste le renommé empereur romain petit neveu de Jules César, dans le soucis de préparer et d'organiser la défense de la ligne du Rhin , donne l’ordre de mettre en place un ensemble de points renforcés et fortifiés sur le cours d’eau. Argentorate, qui est en fait l’ancienne Strasbourg, est alors installé juste à côté d’une bâtisse gauloise. Le camp sera agrandi une 1ère fois sous Tibère, une 2ème fois sous le règne de Trajan. Le camp militaire romain en est alors réduit à n’être qu’un centre de ravitaillement, au moment où les limites de l’Empire Romain atteignent alors le Neckar ainsi que le Danube.

La forteresse d'Argentorate retrouvera son rôle militaire dans l'Empire Romain lors des invasions barbares. L’empereur Julius (Julien) en fera alors le centre principal de commandement qui couvrira alors les 2 régions du Rhin supérieur et du Rhin moyen. C’est à cette endroit que celui-ci y remportera une large victoire sur les Alamans en 357 lors de la bataille d’Argentoratum. Ce n’est que lors de l’abandon des rives du Rhin par les légions romaines que le camp commencera à disparaître, avant de réapparaître au VIe siècle sous la forme d’une cité nommée Stratisburgum (le bourg de route, la croisée des routes), bien avant la fin de l'Empire Romain.